• Elwing HM

La Belle et la bête

Mis à jour : nov. 6



Il était une fois, dans un passé lointain, un présent incertain et un futur commun, une histoire de la Belle et de la bête.

La Belle dans son royaume d’amour infini, rayonnait tendrement et généreusement sa douce lumière bienveillante sur le vivant.

Elle offrait gracieusement sa merveilleuse clarté uniquement à ceux qui lui en faisaient la demande. Car la Belle avait pour principe de ne jamais user de son influence, ni imposer sa présence ou son aide à quiconque qui ne la réclamait pas. Elle était là, présente en toute circonstance sans être aucunement intrusive. Elle répondait toujours aux appels avec joie et empressement, pour peu qu’on rechercha son intervention. Il fallait être attentif à son chuchotement si on voulait entendre et écouter sa voix avenante. Certes, c’était extraordinaire de pouvoir entendre ses murmures délicats, mais il n’était pas dommageable de ne pas y arriver. La réponse aux sollicitations était toujours époustouflante lorsqu’on s’abandonnait totalement à la Belle et que la requête était juste et respectueuse pour soi autant que pour autrui. On pouvait alors voir quelques prodiges se produire sans leurs trouver d’explications rationnelles :

  • Des apaisements physiques, psychiques et ou émotionnels immédiats.

  • Des guérisons instantanées de corps meurtris, de psychés fragiles…

  • Des dénouements rapide et heureux de situations chaotiques et ou désespérées…

Quoiqu’il en soit, on assistait toujours ébahi, à l’avènement d’un nouveau souffle de vie empreint de joie et d’harmonie.

Tandis que la Belle était au service de la beauté, de la conscience et de l’équité ; la bête pour sa part rodait sournoisement dans les bas-fonds de l’obscurité à l’affût de quelques créatures égarées pour se nourrir de leurs énergies et enrichir son cheptel. La bête qui se faisait appeler « l’hydre noir », était dotée de neuf têtes hideuses et féroces qu’il aurait mieux fallut ne jamais rencontrer.

Chaque tête était pourvue d’une ou de plusieurs aptitudes dans lesquelles elle excellait brillamment :

  • Fourberie pour la première,

  • Autoritarisme et despotisme pour la seconde.

  • Oppression et asservissement pour la troisième,

  • Répression pour la quatrième.

  • Terrorisme et épouvante pour la cinquième,

  • Diffusion du venin de la luxure et du vice pour la sixième.

  • Rejet, séparation et avilissement pour la septième,

  • Avidité et cupidité pour la huitième,

  • Détournement et profanation du sacré pour la neuvième.

La bête promenait ses têtes dans des zones ténébreuses, marmonnant aux oreilles des egos fragiles ou fourvoyés, des litanies séductrices et persistantes jusqu’à soumettre et assujettir totalement ses captifs et les priver de toute volonté de rébellion.

Il arrivait parfois que les neuf têtes, s’abattent ensemble sur une même proie jusqu’à lui faire perdre la raison. On entendait alors au loin, un rire lugubre à faire frémir les plus intrépides.

Mais la Belle n’était jamais loin, et lorsqu’elle sommait l’hydre noire d’arrêter ses méfaits, cette dernière arguait qu’elle n’obligeait personne à la suivre et que chacun était libre de ses choix. La Belle ne pouvait hélas pas la contredire ni intervenir autrement car effectivement chacun était responsable du chemin qu’il prenait.

Les crédules qui se laissaient prendre dans le marécage des promesses de pouvoir, de richesses, de plaisirs faciles et de grandeurs factices, le payaient souvent très cher d’une manière ou d’une autre. Mais ceux qui voyaient clair dans le jeu de la bête, réussissaient toujours à échapper à son envoûtement.

L’hydre égrainait sournoisement et sans vergogne ses offrandes, sans distinction de genre, de race, d’origine, de religion ou de classe sociale. Elle n’en avait cure de tout cela, seule l’énergie et la perte du bon sens de ses appâtés comptaient et nourrissait sa cruauté.

Malgré les succès accumulés, la bête demeurait néanmoins insatisfaite de ses profits. En effet, elle subissait de plus en plus de résistance de la part de ses éventuelles conquêtes.

Au fil du temps, grâce au discernement grandissant et à l’expansion des consciences, le vent avait commencé à tourner. Il arrivait parfois (plus souvent qu’elle ne l’aurait voulu) que certains de ses adeptes sortent de leur hypnose et se détournent définitivement d’elle. Au début, cela ne l’inquiétait pas outre mesure, sure qu’elle était de les reconquérir le moment venu, pariant plus sur leurs faiblesses et désarrois que sur leur courage. Mais c’était sans compter sur ce contact intime et vivant entre les captifs et la Belle. Car, aussi infime soit-il et tant que le lien demeurait actif, l’affranchissement était toujours possible.

En effet, on vit de plus en plus d’humains intègres, faire face avec courage à l’ignominie de la créature, la reconnaissant pour ce qu’elle était vraiment. Car bien que sa perversion fût au sommet de son art, l’hydre perdait du terrain et séduisait de moins en moins. Elle voyait son projet d’asservissement de la population s’éloigner à grand pas.

Elle essaya d’autres tactiques plus sournoises les unes que les autres. Mais même du plus haut de sa perfidie elle ne pouvait déroger à la loi universelle du libre consentement. Elle se devait donc d’obtenir un accord tacite ou explicite avant de se servir de son nouvel esclave.

Pendant des siècles ou peut-être des millénaires, elle avait fièrement assisté à l’agrandissement de ses troupes en même temps que le renforcement de sa brutalité et sa sauvagerie. Elle se réjouissait et se félicitait outrageusement sans cesse de l’étendue de son pouvoir et de la richesse de ses acquisitions diverses et variées, sans craindre l’avenir. Car croyait-elle sa suprématie et sa domination étaient inébranlables.

Pourtant la résistance répétitive qu’elle subissait aurait pu la mettre en garde. Mais pas du tout, car forte de son assurance et se croyant toujours invincible et indétrônable, elle finit par commettre une grave erreur, celle de se montrer en plein jour.

Le choc fut grand pour ceux qui la virent pour la première fois sous sa véritable apparence. La terreur avait ébranlé leur système cognitif, et mit à mal leurs fondements et croyances. Mais une fois la peur et diverses émotions évacuées, une fois le mental apaisé, la clarté s’infusa rapidement dans les cœurs et les esprits qui étaient prêts à la recevoir. Pour certains la lumière s’alluma à tous les étages et leur désenvoûtement fut total.

Bien que la vérité sur la bête s’étala au grand jour et se diffusa rapidement en éveillant de plus en plus de monde, il restait néanmoins beaucoup de sceptiques, de confus et de craintifs. Il y avait aussi ceux qui avaient juré allégeance à l’hydre noire, lui obéissant au doigt et à l’œil, donnant le sentiment de ne jamais réfléchir aux conséquences de leurs actes. Certains parmi eux, ergotaient à tous ceux qui les contestaient, qu’ils n’étaient pas rémunérés pour discuter les ordres mais pour les appliquer. En réalité beaucoup parmi eux étaient désespérés et horrifiés à l’idée de continuer à suivre les directives de l’immonde bestiole. Mais ils s’étaient enchaînés à elle par un contrat irrévocable - croyaient-ils - et ne voyaient pas comment le rompre sans tout perdre : biens matériels, famille et parfois la vie y compris. D’autres, considéraient sans équivoque que l’état des choses leur convenait parfaitement, et que c’était bien ainsi.

La bête paradait maintenant, quasiment en transe. Et continuait à être suivit par ceux qui ne parvenaient pas à voir sa laideur et fuit par ceux qui avaient vu clair en elle. C’est à cette période que l’on vit apparaître quelques courageux téméraires de tout âge, prêts à en découdre avec elle. Certains tentèrent de l’enchaîner, d’autres de l’empoisonner ou de lui trancher les têtes mais sans résultats. Car par l’effet d’un étrange sortilège, rien ne pouvait ni l’entraver, ni l’empoisonner. Quant aux têtes, une fois coupées, elles repoussaient illico presto, au grand étonnement et désarroi de tous. Les assauts des récalcitrants la rendaient encore plus cruelle qu’elle ne le fût de nature.

Pendant des mois, on essaya maints subterfuges pour se débarrasser d’elle sans jamais y arriver. Un jour après moult échecs, quelqu’un osa suggérer d’aller consulter la pythie, car assurait-il : « elle est de bon conseil. Elle aura certainement une solution pour nous libérer de l’horreur dans laquelle nous nous trouvons. Qu’avons-nous à perdre après tout ? ». Après concertation, on décida d’un commun accord de la consulter.

Toutes les pythies à travers les âges et les époques avaient révélé l’existence de la bête et la réalité de la Belle. Mais peu étaient enclins à ouvrir leur esprit pour accéder à cette évidence.

Depuis des époques lointaines, beaucoup avaient tenté de mettre en garde et d’avertir leurs semblables quant à la dangerosité de l’hydre. Mais le commun des mortels, avait considéré les avertissements des sages, des prophètes, des extralucides, des clairvoyants, ou de simples rescapés témoignant de bonne foi, pour des balivernes justes bonnes à faire peur aux enfants et aux faibles d’esprit. Il arrivait souvent qu’un extrasensoriel soit pris pour un fou et rejeté par ses proches. Confirmant ainsi l’adage que nul n’était prophète en son pays. Il faut dire que l’idée d’une créature pervertissant les egos à tout va, semblait improbable sinon impossible à presque la plupart des gens qui n’avaient pas eu à l’affronter.

Aussi parmi les sachant, certains prirent le parti de ne plus évoquer la bête et de ne parler que de la Belle. L’intention derrière cette décision était de conjurer le sort, en faisant détourner l’attention des plus fragiles du funeste attrait que pouvait exercer les horribles têtes. Malheureusement n’étant plus avertis, beaucoup étaient tombés dans les pièges de la bête qui leur chuchotait inlassablement à l’oreille sa ritournelle ensorceleuse.

Mais ce fameux jour où l’hydre s’était montré sous son vrai visage, suscitant ainsi une grande panique parmi ceux qui purent la voir ; ce jour là, le doute n’était plus possible quant à son ignominie. C’est pourquoi, on s’était résolu à envoyer un jeune volontaire du nom d’Enel, à la rencontre de la pythie. C’était en quelque sorte, l’action ultime de la dernière chance.

Enel fut surpris de la jeunesse et de l’éclat de la pythie. Il croyait aller à la rencontre d’une vieille femme sage, pliée sous le poids des années, comme les sorcières des contes pour enfants. Et le voici au contraire devant une magnifique jeune femme, apparemment très sûre d’elle. Heureusement pour lui, quelqu’un l’avait précédé et était en grande discussion avec elle. Ce qui lui permit de gérer son émoi et de retrouver la fluidité de son esprit. Lorsque son tour arriva, elle écouta religieusement sa demande et se réjouît secrètement de l’éveil grandissant des masses. Elle lui suggéra d’aller à la rencontre de la Belle car elle seule détenait la clef de la libération. Dépité, Enel lui demanda qui était la Belle et où pouvait-il possiblement la trouver.

  • Consultez votre cœur et vous trouverez la voix qui vous mènera jusqu’à elle. Lui conseilla la pythie malicieusement.

  • Vous vous moquez de moi n’est-ce pas ? Je viens de loin vous voir aux noms de tous les miens, qui sont en grand danger et vous me parlez d’ouvrir mon cœur ? dit-il estomaqué par la légèreté du ton de la jeune femme, se demandant si finalement c’était une bonne idée d’avoir fait tout ce chemin pour la rencontrer.

  • Ne vous méprenez pas sur mes intentions, s’il vous plaît. Ici, vous êtes complètement entendu et il n’y a de place que pour l’authenticité. Ma réponse a pu vous paraître ostentatoire mais elle indique la voie réelle donnant accès à la Belle. La Belle est une source intarissable d’amour, d’inspiration et de bienfaits qui siègent au cœur de chacun. C’est en s’alignant sur ses fréquences que l’on trouve la solution à tous les défis de la vie. Ajouta-t-elle solennellement.

  • Mais comment je m’aligne à elle ? comment je communique avec elle ? Et comment peut-elle m’aider concrètement ? Va-t-elle sortir de mon cœur et se placer devant moi, comme le génie de la lampe d’Aladin ?

  • C’est à peu près ça, bien qu’elle soit plus gracieuse et que c’est plutôt toi qui va rentrer dans son royaume. Dit-elle en le tutoyant spontanément dans un éclat de rire.

  • Mais comment ? Bafouillât-il surpris.

Amusée par tant de fougue, la pythie le rassura et l’invita à passer quelques jours chez elle pour lui enseigner quelques rudiments de son savoir-faire, afin qu’il puisse contacter la Belle et communiquer aisément avec elle.

Son apprentissage fut de courte durée, neuf jours en tout pour intégrer l’essentiel. La pythie le félicita pour son aptitude à lâchez-prise, à calmer son mental et à accueillir son émotionnel. En effet, ses capacités à percevoir l’invisible et à recevoir les informations étaient plus étendus qu’il ne l’aurait jamais pensé de lui-même. Il lui avait suffi d’apprendre à être totalement en présence de sa propre complétude pour que tout le processus se déclenche et que la Belle se manifeste.

A la question : pourquoi l’appelle-t-on la Belle ? La pythie répondit qu’on aurait pu la nommer «la source », « la lumière », « l’amour absolue », «la déesse », « l’ultime », « l’unique », « la substance primordiale », « la conscience infinie », « la force de création », …, mais ça l’aurait trop éloignée de l’humain, alors qu’il fait partie d’elle et qu’elle est sa vraie nature.

  • Belle est un mot commun qui porte en lui la promesse de la souveraineté retrouvée. Toute personne sensée reconnaît la beauté, même si celle-ci est parfois invisible, inaudible et imperceptible pour les cinq sens. Le cœur perçoit ce qui est inaccessible aux sens communs. C’est une porte qui donne accès au mystère de la vie. On ne peut la forcer, elle s’ouvre d’elle-même, toujours au moment adéquat, laissant le souffle créateur accomplir sa tâche. La Belle derrière la porte est toujours prête à servir ceux qui ont recours à elle, sans discrimination ni distinction aucunes. Ajouta-t-elle souriante.

  • Et si quelqu’un venait à elle avec des intentions destructrices ? Interrogea Enel.

  • Aucune intention nuisible ne peut ouvrir le cœur. Le cœur n’est jamais insensible, ni mauvais par essence. Si on ne le nourrit pas de beauté, de joie, de sérénité, d’amour, de bonté et d’harmonie, il finit par souffrir, se dessécher et s’arrêter.

  • Tout ce que tu dis raisonne à présent avec moi. J’ai beaucoup appris à tes côtés et te suis infiniment reconnaissant. Je me sens chanceux d’avoir écouté mon intuition et d’avoir levé la main lorsqu’on demanda un volontaire pour aller à ta rencontre. Mais serait-il possible que tu viennes avec moi, parler à mon peuple et l’enseigner ? J’ai le sentiment qu’il serait mieux que ce soit toi qui leur transmettes tout cela. Je reste moi-même encore novice dans le domaine des perceptions et des actions à mener. Conclu-t-il.

La pythie accepta son invitation sans la moindre hésitation et se rendit le lendemain avec lui à la rencontre de ceux qui se languissaient d’une solution miracle à leurs malheurs.

Les citadins s’étaient assemblés en dehors de la ville, dans un immense champ pouvant accueillir les habitants d’autres contrées qui s’étaient joint à eux. Les enfants étaient restés cachés dans les maisons sous haute surveillance par peur de la dangereuse bête. Tous étaient assis à même l’herbe molle et grisâtre. Ils passaient en revue, tout ce qui avait pu être fait pour se délivrer de l’hydre. Mais hélas tous les efforts des uns et des autres, s’étaient soldés par un échec.

L’atmosphère était lourde, Le paysage maussade, le ciel sombre bien que ce soit un jour sans nuages. Les voix ternes qui s’élevaient çà et là, témoignaient de la tristesse et de la fatigue de la plupart des cœurs et des corps. Ils échangeaient leurs conclusions, les visages fermés par un manque certain de sommeil et de répit. La vie avait du mal à exprimer son ardeur et sa beauté dans cette contrée dont le plus grand nombre avait donné la main à la peur. Les plus éclairés étaient présents à cette assemblée et malgré leurs interventions lumineuses, ils restaient démunis face à l’épreuve du désespoir ambiant. Une question tourmentait l’auditoire et revenait sans cesse : « mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant ? ».

  • Consultez vos cœurs ! Entendirent-ils surpris par la douceur de la voix et la force de l’injonction.

La foule décontenancée, tourna la tête en direction de la voix et vit Enel en compagnie de la pythie. Sans perdre un instant, la jeune femme se fraya un chemin au milieu de la marée humaine, et se dirigea d’un pas assuré vers le centre du groupe. Une fois l’espace atteint, elle s’assura que l’on puisse l’entendre, salua et se présenta succinctement. On vit les sourires illuminer subitement les visages. Ceux-là mêmes qui étaient inquiets et verrouillés quelques instants auparavant. On l’accueillit chaleureusement avec quelques acclamations et soupires de soulagement.

La pythie les applaudît à son tour et les félicita pour leur cohésion et désir sincère de mettre fin à la tyrannie de la bête. Ils étaient tous accrochés à ses lèvres, attendant de connaître la solution miracle à leur problème. Elle leur demanda s’ils se sentaient réellement prêts à stopper l’ascension de la terreur. Tous acquiescèrent en donnant de la voix.

Elle leur parla alors de la Belle et de l’importance capitale de se connecter à sa présence. Elle affirma que c’était l’acte primordiale à accomplir, s’ils souhaitaient vaincre la bête une fois pour toute sans faire de victimes supplémentaires. Après avoir tout essayé sans obtenir le moindre résultat et trop las face à toutes leurs tentatives avortées, ils assurèrent qu’ils étaient prêts à accepter toutes ses suggestions pourvu que le monstre disparaisse une fois pour toute de leur existence.

Elle clarifia la situation en leur expliquant que la solution ne viendrait pas d’elle et qu’elle n’était là que pour les aider à percevoir la Belle et ses précieuses recommandations quant à la voie à suivre. De leur connexion à la Belle dépendait leur salut. La jeune femme éveilla leur curiosité en leur parlant plus profondément de la Belle et en témoignant de ses pouvoirs incommensurables. Elle invita Enel à se joindre à elle. Celui-ci parla de son expérience et confirma les dires de la pythie.

La journée étant déjà bien avancée, la jeune femme dû leur exposer brièvement la marche à suivre pour entrer en contact avec la Belle. Et proposa à ceux qui étaient disponibles de profiter du moment pour commencer l’initiation. Personne ne bougea. Tous avaient soif d’apprendre à se relier à la Belle.

Elle leur fit faire quelques exercices de respiration et de relaxation pour leur faire relâcher leurs tentions et stress. Et les invita à se rendre à eux-mêmes en plongeant dans leur silence intérieur et en leur conseillant de n’attacher aucun crédit aux pensées de peur et d’insécurité qui les traversaient dans l’instant. Puis elle leur donna quelques astuces pour une écoute plus profonde d’eux-mêmes et les accompagna pas à pas à ressentir le point de connexion avec la Belle. Un instant plus tard, lorsqu’elle jugea que le moment était opportun pour arrêter l’introspection, elle leur fit faire quelques respirations, suivis de mouvements et finalement ouvrir les yeux.

Les visages étaient plus souriants et les corps davantage détendus. On la remercia chaleureusement tout en lui réclamant expressément de la revoir au plutôt. Ils se mirent d’accord pour se retrouver aux aurores le jour suivant au même emplacement.

Mais avant de les quitter elle demanda à ceux qui le souhaitaient de prendre un instant une fois rentrés chez eux « loin du coucher surtout ! », pour un dernier exercice. Elle leur suggéra de porter brièvement leur attention sur l’hydre et d’écrire sur un papier volant tout ce que pouvait suscitait en eux l’image son image. Il fallait se mettre en position de témoin, en s’appuyant sur ce qu’ils venaient d’expérimenter avec elle, et noter les sensations, pensées et émotions qui émergeaient à la surface sans se laisser emporter par elles. Et si jamais cela arrivait, elle leur préconisa de prendre une grande inspiration et de dire à haute voix « stop ! » en joignant le geste à la parole et d’arrêter l’expérience expressément.

  • Rapportez vos écrits demain et de l’eau à boire. Surtout n’oubliez pas de refaites, la main sur le cœur, quelques profondes respirations avant de vous endormir. Cela calmera votre mental et vous aidera à trouver un sommeil réparateur. Recommanda-t-elle avant de s’éclipser avec Enel.

Le lendemain matin lorsque la pythie fit son apparition, l’assemblée d’hier était déjà au rendez-vous, au complet, certains avec une feuille à la main. Après les saluts d’usages, elle prit place en face d’eux, sur une petite estrade que quelqu’un avait eu la bonne idée de ramener. Ainsi, on pouvait la percevoir de loin. La veille on avait pu l’entendre même en périphérie, car sa voix avait cela d’étrange de se faire entendre malgré la distance ; mais il était plus difficile de la voir pour ceux du font. Chacun s’installa à son aise, qui sur un tapis, une natte…

Elle commença par leur demander si quelqu’un avait envie de lire ce qu’il avait écrit la veille en rapport avec l’expérience qu’elle leur avait soufflé de faire avant le coucher. Plusieurs mains se levèrent. Elle invita au hasard une dizaine de personnes pour le partage, afin de garder du temps pour l’enseignement et l’expérimentation.

Les désignés passèrent à tour de rôle devant la foule qui les écouta attentivement. L’émotion était palpable car les mots prononçaient faisaient échos pour tout le monde. Femmes et hommes racontèrent leur peur, leur désespoir, leur frustration, leur sentiment de petitesse et d’insignifiance, ainsi que leur dégoût face à l’hydre. Ils dirent aussi combien cela fut dur de ne pas flanché et arrêter l’expérience à la vision mentale de la bête. Après que le dernier eu finit sa lecture et eu rejoint sa place, la pythie fit remarquer à quel point les émotions décrites étaient communes à tous. Il leur avait suffi d’un peu d’imagination pour vivre réellement troubles et agitations dans le corps.

  • Qu’en serait-il alors, questionna-t-elle, si au lieu d’imaginer le monstre, on entrait véritablement en contact avec la Belle ? Hier, vous avez appris à vous détendre et à évacuer le stress et les tensions hors de votre corps. Je vous propose aujourd’hui de plonger dans votre monde intérieur et d’élever votre conscience, à la rencontre de celle qui vous rendra votre joie de vivre et votre sérénité. Ça vous dit ?

La clameur qui s’éleva dans le ciel, lui signifia que tous n’attendaient que cela. Elle les invita à mieux s’installer et à boire quelques gorgées d’eau, car expliqua-t-elle, celle-ci contribuait à une meilleure réceptivité de l’information. Les gens s’empressèrent de suivre ses instructions, curieux d’en savoir plus sur la Belle et la manière de s’en finir avec la bête.

On ne vit pas passer la journée et d’autres s’en suivirent. Hormis une pose pour se sustenter frugalement et répondre à quelques besoins urgents, l’assemblée restait concentrée et très disciplinée à chaque fois. La pythie commença dans un premier temps par leur apprendre à prendre conscience de l’ensemble de leurs corps et à se nettoyer des énergies indésirables. Elle leur enseigna ensuite à canaliser leur attention sur un objectif précis, à maîtriser leur imagination ainsi que la visualisation, afin de leur éviter l’écueil de la divagation mentale. Elle leur apprit à accueillir les émotions qui pouvaient surgir à tout moment et à faire consciemment la différence entre celles qui leur appartenaient et les autres…

Puis vint l’instant mémorable où ils purent enfin rencontrer la Belle. Elle se présenta différemment selon la sensibilité de chacun. Certains se sentirent illuminés de l’intérieur, les sens totalement exacerbés. D’autres perçurent une silhouette irradiante de clarté qui dialogua avec eux. Pour d’autres ce fut une forte sensation au niveau du plexus cardiaque, suivit de hautes vibrations harmonieuses, certains eurent la sensation de s’élever et d’avoir une vision globale de toute la situation, …etc.

La Belle s’était dévoilée somme toute, lorsqu’ils se permirent de lâcher enfin leurs contractions et résistances au profit d’une totale confiance instillée par la pythie. Ils étaient enfin sortis de l’hypnose machiavélique dont ils avaient été prisonniers depuis si longtemps. Ils en avaient fini avec l’abus et l’injustice de l’immonde créature. L’esprit clair, ils reconnurent de tout leur être, la beauté et la magnificence de leur pure essence.

Dans cet état de conscience élevé, tous virent que la libération était possible et que la bête n’était finalement que la projection de leur peur commune. Plus la peur avait pris de l’ampleur au fil du temps, plus la bête était devenue féroce et impitoyable. Ils comprirent alors que le combat ne pouvait être livré qu’intérieurement, avec l’aide de trois épées et d’une serpe, objets perçues par beaucoup en état supra-conscient. Ils étaient sereins car maintenant ils avaient en leur possession quatre merveilleux outils qu’ils pouvaient utiliser à souhait :

- L’épée de la conscience, cette épée d’or dont la lumière tranche dans le vif car tout est vu du point de vue de l’ultime présence.

- L’épée d’argent, qui infuse intégrité et rectitude, et aligne l’être à sa source primordiale ce qui le met à l’abri des manipulations et illusions du monde.

- L’épée de diamant, dont les fréquences ouvrent les cœurs à l’amour primordial et unifie tout ce qui a était séparé de son essence.

- La serpe de la justesse qui coupe les liens nocifs et instaure équilibre et harmonie.

Un vent nouveau chargé d’allégresse et de confiance souffla sur la foule qui prenait conscience de la nature véritable de son essence et de l’étendue de son pouvoir.

Mais avant d’entreprendre l’ultime combat, la pythie jugea qu’il était temps de raconter l’histoire de la bête comme elle l’avait apprise de celles qui l’avaient précédée dans sa fonction. C’est ainsi qu’elle entama son récit :

  • Comme vous le savez maintenant, c’est depuis longtemps que l’hydre se nourrit des émotions humaines. Sa préférée entre toutes reste la peur. Au départ de son existence, ce n’était qu’une pauvre petite larve. Elle aurait pu disparaître ou muer comme ses congénères si son chemin elle n’avait rencontré celui d’une créature maléfique. Nul ne se rappelle de l’origine ni de la provenance de cette dernière. Mais certains pourtant prétendirent que c’était un véritable démon échappé de l’enfer. Rien n’est sûr ! car cette histoire remonte à des temps immémoriaux et jamais personne n’eut envie d’investiguer aussi loin. l’enfer, n’a pas bonne presse, ni d’adeptes conscients ! Affirma-t-elle en souriant.

  • Toujours est-il, qu’on racontait que la cruauté de l’entité était sans limite. Elle s’amusait dans son laboratoire occulte à terroriser, à torturer et à transformer d’innocentes bestioles en monstres hideux avant de les utiliser à des fins funestes. Le temps passant et au fil des transformations subites, la petite larve était devenue une hydre puissante, plus rusée et plus manipulatrice que son malfaiteur. Elle attendait patiemment son heure pour prendre sa revanche et lui échapper. Elle finit par se retourner contre son tortionnaire le jour où ce dernier décida sûr de sa domination, de ne plus l’enchaîner au mur pendant la nuit. Connaissant sa faille mortelle, elle lui ôta la vie alors qu’il dormait et pris possession de l’antre dans laquelle elle avait été retenue prisonnière pendant des décennies. Par la suite, avide de pouvoir et de vengeance elle tourna sa fureur contre les humains, en utilisant tous les artifices en sa possession pour les subjuguer et les détourner de leur souveraineté intérieure. Au début certains la suivirent par jeu. Mais plus ils lui accordaient de l’espace, plus le manque de présence à eux-mêmes prenait des dimensions abyssales, les entraînant petit à petit à perdre leur souveraineté intrinsèque ainsi que leur vitalité. Ils finirent par se prendre pour de pauvres victimes peureuses, ballottées par le destin. Car en se laissant happer par ses promesses fallacieuses, ils avaient perdu de vue leur part de responsabilité dans tout ce qui se produisait dans leur vie. Longtemps, ils laissèrent l’hydre les séparer les uns des autres en créant discordes et guerres intestines, sans prendre la mesure de l’origine de leurs querelles et mésententes. Et comme vous l’avez remarqué vous-même, elle a hélas conduit un grand nombre à sa perte. Si ce n’était quelques âmes courageuses qui avaient veillé à garder le flambeau de la conscience allumé, s’en serait probablement finit du genre humain. Conclu-t-elle.

A ces dernières paroles, la multitude fut traversée de vibrations d’amour et de gratitude pour celles et ceux dont la témérité et la bienveillance avait contribué à l’éveil global.

C’était déjà la fin de la journée. Les gens avaient écouté le récit de la bête sans intervenir. Mais avant que chacun ne regagnât son logis, une femme sans âge se leva et signala joyeusement que depuis le commencement de l’intégration des enseignements de la pythie, les sifflements de la bête avaient diminué d’intensité et de fréquences et qu’on la voyait moins errer dans les boulevards. Elle ajouta que depuis, le ciel s’était de plus en plus éclaircit, la végétation avait pris des couleurs et quelques rongeurs, oiseaux et abeilles revenaient dans le coin. Tous affirmèrent ses dires car ils avaient effectivement remarqué les changements en cours. En sortant de la transe et du sortilège induits par le monstre, leur psyché s’était enfin libérée par la puissance de la lumière de vérité. Et la nature avait profité de ces hautes fréquences, et témoignait de leurs transformations intérieures.

De concert, l’assemblée décida de se retrouver le lendemain pour l’acte final : la chute de l’hydre.

Le jour suivant les gens se présentèrent de bonheur, heureux de se retrouver, riches de leurs perceptions subtiles très affutées et de leur courage à toute épreuve. Quand la pythie les rejoignit, ils étaient déjà dans une profonde intériorisation, totalement connectés à la belle. La jeune femme se mit à sa place habituelle et entama avec tous, les derniers ajustements en vue de l’imminence de la délivrance.

Chaque participant s’immergea dans la lumière infinie de sa source, comme il savait le faire à présent, et prit connaissance intérieurement en cohérence avec son cœur de ce qu’il avait à accomplir. La séance était bien commencée lorsque soudainement, on entendit au loin un bruit de tonnerre briser le silence. On distingua les grognements de l’animal qui se rapprochaient inéluctablement. L’assemblée resta pourtant inébranlable, ancrée dans la présence, entourée d’un champ vibratoire infaillible. Pendant les initiations, chacun avait appris à utiliser l’énergie créatrice, afin de se protéger si besoin de la moindre tentative de déstabilisation provenant de l’hydre.

L’animal déchaîné arriva prêt à bondir, mais son élan fut stoppé net grâce aux frontières invisibles générées par le groupe. Les vibrations élevées qui se dégageaient de ces gens assis ensemble en méditation active ne lui donnaient pas la moindre chance de parvenir à les atteindre. Aucune de ses têtes n’arriva à franchir la lisière du dôme énergétique. La bête se débâtit un long moment, pendant lequel chacun des libérateurs usa sincèrement de son savoir être pour prendre conscience de ce qui en lui faisait échos avec elle.

Il était devenu évident pour tous que sa présence dans leur vie n’était pas le fruit du hasard. Quelque chose en eux était en miroir avec elle. Chacun de son côté sonda les profondeurs de son âme pour débusquer ce qui était là, présent, prêt à être reconnu, accueilli et accepté.

L’énergie basse en liaison avec l’animal se montra à tous sans exception, tous la vécurent sous des formes différentes : une intense émotion, une forte douleur, une pensée parasite, une sensation désagréable, …etc. Des programmes refoulés depuis très longtemps, remontants parfois à d’autres générations ou espaces temps, trouvèrent enfin un espace d’accueil pour remonter à la surface de l’oubli. Lorsque la mise à jour fut faite, chacun s’évertua à couper les liens avec la bête. On se débarrassa d’éventuels implants et empreintes éthériques. On s’activa à dissoudre les contrats et les serments mis en place depuis des générations, …etc.

Pendant ce temps-là, la pythie s’attela à entrer en contact avec l’âme de la larve initiale. Quand ce fut fait, elle se présenta à elle avec beaucoup de bienveillance en lui demandant si elle pouvait l’aider. La larve qui avait perdu tout espoir de voir un jour à nouveau la lumière du ciel la supplia de la libérer. La jeune femme s’exécuta avec aisance, habituée qu’elle était à résoudre ce genre de problème dans les plans subtils. Elle reçût la vision de la petite bestiole retenue dans un espace obscure sans issue. En cherchant un peu, elle finit par découvrir une brèche dans la prison astrale de la larve et l’extirpa de là sans grande difficulté. Puis coupa tous les liens qui l’entravaient et la gardaient attachée à son funeste destin.

A ce moment précis, on entendit un énorme bruit accompagné d’une grande secousse qui en surpris plus d’un. L’assemblée qui venait juste de terminer son œuvre ouvrit les yeux pour voir affalée sur le sol une énorme masse sombre. L’hydre était étendue de tout son poids aux pieds du groupe, le corps complètement désarticulé. Elle avait l’air totalement inanimé. On s’approcha d’elle courageusement pour en avoir le cœur net. Effectivement, les têtes gisaient çà et là totalement séparées de leur coup respectif. La stupéfaction passée, la pythie enjamba le cadavre et avança à la recherche de quelque chose. Le groupe étonné assista dans un silence interrogatif au mystère de la scène. Finalement, on vit la jeune femme se baisser et prendre quelque chose dans la main. Tout le monde se demanda ce que ça pouvait bien être. Elle se releva enfin avec la petite larve apeurée, qui se tenait recroquevillée au cœur de sa main.

  • Mes amis, le temps de la peur est terminé ! annonça la pythie tendant sa main ouverte vers le rassemblement.

La population compris rapidement que c’était la pauvre créature qui avait été tenue prisonnière dans le corps du monstre. On s’approcha, on la regarda de plus près scrutant ce qu’elle avait de spécial. On se rendit vite compte qu’elle n’avait rien de singulier et qu’elle ressemblait à toutes les larves de son espèce. Par contre son histoire avait de quoi surprendre les plus aguerris.

Soudain un léger bruissement attira leur attention vers le gisant. Ce dernier se consuma instantanément devant leurs yeux ébahis en ne laissant aucune trace sur le sol. L’hydre noire n’était plus de cette réalité. Ce fut comme si elle n’avait jamais existé. Un sentiment de profond de soulagement se diffusa dans la population qui n’avait plus à s’occuper de la dépouille de la bête.

  • Regardez ! interpela la pythie penchée sur la main qui contenait la larve.

On se retourna vers elle encore abasourdi par ce qui venait de se passé, pour assister à un nouveau prodige : la petite larve qui se transformait sous les regards bienveillants, en un merveilleux papillon multicolore qui s’envola allègrement dans le ciel sitôt les ailes déployées. Il tournoya autour de la pythie, comme pour la remercier, puis virevolta au-dessus de l’assemblée et disparu en direction de l’horizon. A ceux qui se demandèrent si c’était l’œuvre de la belle, leurs cœurs répondirent en chœur que c’était bien le cas. Ils se sentirent libres et heureux jusqu’au plus profond de leurs cellules.

Délivrés du poids de ce qui empoisonnait leur vie et enchantés du dénouement des événements, ils échangèrent joyeusement, chacun partageant sur son vécu respectif. Ils en avaient des choses à dire, car ce qu’ils avaient traversé ces derniers jours était hors du commun, extraordinaire, fantastique… Tous furent unanimes, les qualificatives demeuraient faibles face à la réalité de leur expérience collective.

  • Votre vécu n’est pas une quelconque expérience, c’est la rencontre et la fusion avec votre essentiel. Ne l’oubliez pas s’il vous plaît. La Belle c’est chacun de vous. Souvenez-vous toujours de qui vous êtes et rien ne pourra plus jamais prendre le pouvoir sur vous, ni vous pervertir, ni vous corrompre. Car vous êtes la puissance, individuellement et collectivement. Rien ni personne ne pourra vous détrôner une fois que vous vous êtes déposés dans l’espace d’amour que vous êtes. Dît la pythie en conclusion.

L’attroupement fut vite rejoint par tous ceux à qui on avait demandé expressément de rester cacher dans les maisons jusqu’à la disparition du danger et la résolution finale du problème. Quelques malins parmi les cloîtrés, ne pouvant se résigner à l’attente passive, assistèrent en catimini, du haut des terrasses de leurs habitations, au déroulement des événements. Ce fut l’occasion ultime de sortir les télescopes et les jumelles de leurs étuis.

D’autres plus actifs, s’attaquèrent à quelques taches domestiques pour éviter l’abattement, le désœuvrement ou l’appréhension du résultat. Les plus sereins de nature, méditèrent ou prièrent pour soutenir la pythie et ses compères. Tandis que d’autres s’attelèrent ingénieusement à chasser l’ennui et l’impatience des plus jeunes en se tournant vers la créativité.

Bref, chacun occupa son temps en attendant la fin de la confrontation. Même ceux qui avaient pourtant prêté allégeance à la bête, se sentirent fin prêts à clôturer ce pan de leur vie et s’ouvrir à une nouvelle page de leur existence.

Les nouveaux venus se présentèrent les mains pleines de victuailles et de boissons pour fêter dignement leur délivrance commune. Cela tomba à pique car le soleil était au zénith, le ciel était bleu et les ventres commençaient à crier famine.

Ce jour-là, l’assistance en liesse remercia vivement la pythie pour toute l’aide et la contribution gracieusement offertes à la communauté. On l’invita à rester indéfiniment dans la cité. Elle leur fit la promesse de revenir souvent, surtout que maintenant son cœur était en cohérence avec le cœur de l’un deux. Tout le monde compris qu’il s’agissait d’Enel. On félicita les amoureux en ajoutant que c’était une raison de plus pour fêter le triomphe de la vie et de l’amour.

On festoya ensemble jusque tard dans la nuit. La musique s’entonna jusqu’aux aurores dans un ciel étoilé, jamais entraperçu auparavant. L’esprit serein, le cœur ouvert et le corps allégé, on chanta et dansa en harmonie avec le tout, avec en arrière-plan une immense gratitude pour la connexion avec la Belle et la fin de la peur.

Tous étaient conscients que plus rien ne sera comme avant. Un avenir radieux s’annonçait à eux. Un avenir qu’on allait construire ensemble la main dans la main pour le bien de tous. Pour le bien de tout le vivant, incluant la terre-mère et ses saisons, ainsi que la nature de toute chose et de tout être. Et si la technologie s’invitait dans leur vie, elle sera au service de l’humain et de tout le vivant en accord avec la Belle.

Ainsi se termina l’histoire de la bête et commença l’ère de l’âge d’Or. Mais ça c’est une autre histoire.

Elwing HM